Lorsque nous traversons une situation trop difficile à vivre sur le moment, quelque chose en nous peut se mettre à distance. Non pas pour oublier, ni parce que nous sommes faibles, mais pour nous permettre de tenir, d’avancer et même parfois de survivre.
En maïeusthésie nous parlons de pulsion de survie : cette capacité de la psyché à mettre de côté ce qui ne peut pas encore être accueilli. Ce qui est mis de côté ne se limite pas toujours à une émotion, un souvenir ou une réaction. Cela concerne l’être que nous étions à ce moment-là, dans ce qu’il vivait et traversait.
C’est ce que l’on appelle l’être clivé : non pas une « part » détachée de nous, mais la personne entière que nous étions dans une situation donnée, et qui n’a pas encore été pleinement reconnue.
Pour maintenir l’équilibre malgré ce qui a été mis de côté, la psyché ne reste pas inactive. Elle met en place ce que l’on appelle des étais : des comportements, des habitudes, des façons d’être qui nous permettent de continuer à fonctionner. Ce sont des adaptations que nous avons trouvées, souvent sans le savoir, pour compenser ce qui n’a pas pu être vécu pleinement. Un étai peut prendre des formes très différentes : le besoin de tout contrôler, la difficulté à faire confiance, une fatigue chronique, une tendance à s’effacer ou au contraire à toujours vouloir plaire. Ce ne sont que quelques exemples parmi bien d’autres. Ces fonctionnements ne sont pas des défauts de caractère. Ils ont eu une raison d’être. Ils ont rendu service.
Avec le temps, cela peut aussi se manifester autrement : une réaction qui semble disproportionnée, une anxiété, une tristesse qui revient, une tension, un blocage, ou l’impression de rejouer toujours les mêmes situations. La liste est loin d’être exhaustive. Ces manifestations ne sont pas des ennemies à combattre. Elles sont des signes que quelque chose en vous demande à être rejoint, entendu, accueilli. Pour que rien ne se perde, la psyché dépose des traces visibles. Ce que nous appelons symptômes, comportements répétitifs ou malaises inexpliqués : autant de signaux qui nous indiquent qu’il y a quelqu’un à rejoindre.
Le travail du praticien n’est pas d’effacer ces traces. Au contraire, il s’en sert. Le symptôme, le comportement répétitif, le malaise : ce sont des points de départ. Ils permettent de remonter jusqu’à l’être clivé, jusqu’à ce qui attend d’être rejoint. C’est de là que part la rencontre véritable.
L’accompagnement ne consiste pas à revivre le passé, ni à chercher absolument une explication. Il s’agit de rejoindre ce qui se présente aujourd’hui, avec délicatesse, sans interprétation forcée et sans objectif imposé.
Vous n’avez pas à réussir cette démarche. La séance avance à partir de ce qui se manifeste, pas à pas, dans le respect de votre rythme et de votre histoire.